Le bateau

Construit par Alain Pelletier dans un chantier brésilien, mis à l'eau en 1995 pour le Tour du monde à l'envers, contre vents et courants, en solitaire, Oiseau de la pluie est devenu Evidence IV en 2009.

 

Oiseau de la pluie - 1996

1ère sortie sous voile de Oiseau de la pluie, au Brésil.

Mise à l'eau de Oiseau de la pluie

A la construction Oiseau de la pluie était équipé d'un moteur HB de 40cv.

Aile rigide

Déjà en 1995, Alain Pelletier avait fait le choix d'équiper son voilier d'une aile rigide.
Le mât aile
Trépied de bôme


Oiseau de la pluie

Une histoire extraordinaire

(Par Jeanne Timsit, nièce d'Alain Pelletier)

J'ai passé 2 mois au Brésil l'été 1995 pour aider Alain à finir le bateau, finitions, peintures extérieures, pose de l'accastillage, gréement, pose de l'aile-voile, préparation aux premières nav puis à sa traversée vers la France.... La première fois que j'ai vu Oiseau de la Pluie, au chantier naval de Guarùja (en face du port de Santos au Brésil), je me suis aussi dit : "c'est quoi ce tank"... Surtout avec son aile, il ne ressemblait à rien de connu... Puis en naviguant, je l'ai trouvé top. Je n'aimais pas le regard dédaigneux des gens à son sujet mais il en a bluffé plus d'un... Notamment au moment de l'Ostar où, durant les 15 premiers jours de course, il était super bien placé, puis le petit temps a eu raison de sa performance... A son retour, il avait gagné le respect des grands navigateurs Trinitains...

 

Alain est né à Redon le 4 Novembre 1930 puis ses parents se sont installés à Versailles dans les années 1935. Dès cette époque, Alain dessinait des bateaux et faisait naviguer des multicoques sur les bassins du Château.

Assez jeune, il a acheté une caravelle. Depuis les années 60, il venait à la Trinité naviguer et en a donné le goût à toute la famille dont mon père qui fit partie des grands navigateurs des années 1980. Alain a acheté de nombreux voiliers aux COSTANTINI, Binious, Triskels, Super-Triskel... Il naviguait souvent avec les 2 frères COSTANTINI, Gilles et Marc. Eric TABARLY était son Dieu...

Il travaillait dans une grosse entreprise de travaux publics vers Metz où il dirigeait d'énormes équipes sur le terrain : construction de routes, d'autoroutes, de châteaux d'eau, ..., nettoyages des hauts fourneaux à la dynamites, construction de ponts de chemin de fer et pose des nouveaux ponts entre le passage des trains... (il a inventé un système de pose plus rapide). Il était très respecté dans son boulot, était très efficace et consciencieux. C'était un sacré bosseur et passait régulièrement 18 heures par jour au travail parfois 72 heures non-stop...

Lorsqu'il fallait faire une opération difficile, c'est toujours lui qui s'y collait, du genre : éteindre, au dernier moment, la mèche des explosifs; intervenir d'urgence pour nettoyer le toit des hauts fourneaux menaçant de tomber car couverts de scories,.....

L'hiver 1970/71, Alain est parti sur son Super-Trisquel tenter un tour du monde à l'envers, son rêve jusqu'en 2003... Il avait pris 6 mois de congé sans solde pour ce faire mais a eu des galères avec son pilote automatique et s'est arrêté aux Antilles réparer. Puis il a longé les côtes du Brésil et est tombé dans des grands calmes. Il s'est dit qu'il n'y arriverait pas dans les temps et s'est arrêté à RIO de JANEIRO où mes parents étaient en vacances, à l'arrivé du Triangle Gauloise. Lui qui était un vieux célibataire endurci, il y a rencontré sa femme Elba Maria PESSOA et l'a épousé en 1971 à Versailles. Il venait tous les 15 jours naviguer à la Trinité, aller-retour Metz...

Sa femme, médecin, est malheureusement devenue aveugle peu après suite à un glaucome contracté à cause d'un choc thermique lors d'un hiver très froid aux Etats Unis. Du coup, il a espacé ses navigations. Puis, sa femme retournait l'hiver à Rio où il la rejoignait pendant ses vacances.

En 1988, sa boîte a fait des compressions de personnels et lui a proposé une retraite anticipée. Il comptait naviguer avec sa femme sur Oiseau de la Pluie d'où les 2 tables à cartes face à face... Malheureusement, elle est décédée en Aout 2004 à Rio.

Il avait déjà dessiné ARAUNA 4 dont mon père était copropriétaire, en collaboration avec le chantier COSTANTINI de la TRINITE, qui fut construit en 1975 sous le nom "COSTANTINI 38", dernier bateau construit par le chantier. Monocoque à bouchains en CP marine de 38', quille sabre de 2,40 m. Après les premiers essais, ils ont décidé de lui mettre une "jupe" ce qui l'a rallongé à 40' et de manchonner le mât pour la passer à, je crois, 14,60m. C'est devenu une bombe. C'était un super "canot". Alain participait aux courses en équipage et mon père, Jacques TIMSIT, courait en solo. ARAUNA 4 a gagné la course des Açores et retour en équipage, 9° à l'Ostar 1976, gagné le retour en course de l'Ostar la même année, à brillamment participé à de nombreuses courses et régates, les Entrainements d'hiver à la Trinité, les semaines de la Rochelles, le Fastnet,... 6° à la première route du Rhum alors qu'il avait cassé sa bôme plusieurs jours avant d'arrivé et a coulé 3 jours après le départ de l'Ostar 1980 en percutant une bille de bois.... Alain a, du coup, buché sur un bateau plus solide... Il aimait à dire : "trop fort n'a jamais manqué"! Entre les plans et la construction, Alain y a passé 10 ans. Il a commencé à Metz et s'y collait, après le boulot dès qu'il le pouvait. Il a dessine chaque pièce, tôle, détails comme le ferait un architecte naval et a bluffé plus d'un pro car tout était mûrement réfléchi et soigneusement dessiné...

Pour avoir le droit de naviguer au Brésil, il a dû passer un diplôme de "Commodore"... Il a fait franciser le bateau dès le début et a eu pas mal de galères avec les diverses Administrations brésiliennes car la voilier était considéré, là-bas comme un immeuble???

Oiseau de la pluie a été construit dans un chantier META brésilien qui faisait de la construction métallique mais pas de bateaux, à la montagne à ~500km de la Mer. Il avait fait couper et importer toutes les tôles. A commandé et importer sous le manteau tout l'accastillage aux ETATS UNIS, car bien trop rare et cher au BRESIL... Il passait beaucoup de temps à surveiller la construction aidé par une ex-ingénieur de chez Méta. Lors de l'assemblage, au pointage des tôles, la coque était parfaite puis au soudage, n'ayant pas l'habitude de ce matériau, ils ont trop chauffé et il a fallu décabosser, à la masse, pendant pas mal de temps ... La construction a durée 5 ans. Lorsqu'Alain a voulu faire transporter son bateau, brut de métal, à Guarùja, le chantier était en grève et il a dû débourser ~500 000 francs pour le récupérer alors qu'il était déjà payé... Alain payait toujours tout d'avance... Ce qui, au Brésil est souvent une grasse bêtise...

Une fois à Guarùja, un gars a passé plus de 3 ans à construire et finir l'intérieur toujours suivi par Alain et sa copine ingénieur. Il avait, depuis fort longtemps réfléchi à son "AILE VOILE", en avait fait et essayé de nombreuses maquettes.

Il l'a conçue, avec un ingénieur aérodynamicien japonais, travaillant pour un chantier brésilien qui fabrique en composite, pales d'éoliennes et pièces pour satellites et fusées dans un bled dont je ne me souviens pas du nom, entre RIO et SAO PAOLO. Les différentes parties de l'aile: parties haute et basse, ailerons angulables et supports d'aileron ainsi que la tête de mât en carbone ont été construites dans ce chantier. Le diamètre du mat ~200mm... a été déterminé faute de moyens financiers suffisants pour faire un moule... Ils ont utilisé un moule existant pour réaliser la partie haute du mât en enroulement filamentaire de Carbonne. Le bateau fini lui a coûté près de 2,5 millions de Francs...

Je suis arrivée pour l'aider fin Juin 1995. Le chantier était donc à Guarùja à ~500 km de RIO où il habitait à IPANEMA depuis une dizaine d'années. C'est une petite ville sympa proche de SAO PAULO, un bled de villégiature, restos, hôtels, surfers avec quand même des bœufs sur le pelouses derrière les hôtels.... Nous étions dans une petite "marina", plus un chantier... le "PIER 26" sur un petit bras de mer assez boueux en face du grand port de commerce de SANTOS, Ils y faisaient quelques réparations basiques polyester, et bois, de l'entretien de bateaux. Le bateau était sous un hangar, les emménagements presque finis, coque et pont bruts de métal, l'aile et la mât encore dans le chantier de construction, l'accastillage encore emballé et rien comme petit matériel genre manilles, petit pouliage, petit accastillage....

J'ai dirigé les travaux de finitions et de peintures. Pas simple car il m'a fallu 15 jours sans comprendre un seul mot de brésilien avant de réaliser que c'est comme le français, juste pas la même musique...

On ne trouvait pas grand-chose au BRESIL dans ce temps- là... Alain avait fait importer, en douce (pour cause de taxes terribles...) tout ce qu'il pouvait. L'antidérapant proposé ne convenait pas, nous avons donc acheté du sable de rivière et un tamis dont les mailles n'étaient pas assez serrées... Le peintre n'avait jamais vu ça... Le résultat était hyper efficace quoi qu'inégal faute d'habitude du peintre... Tellement efficace que je m'y suis blessée à plusieurs reprises et ai dû attaquer à la lime à métal pour amoindrir le grain autour des plans de travail !! ...

J'ai posé l'accastillage et ai dû recouper tous les boulons à la cote, nous avons acheté toutes les manilles des 2 seuls shipchandlers de RIO et SAO PAULO... Une 50° en tout... La matos trouvé sur place n'était pas du tout adapté à la navigation assez confidentielle à l'époque et surtout pratiquée à la journée par les gens très riches sur toute sorte de voiliers mais surtout des vedettes. Vedettes astiquées en permanence par un troupeau de gaziers attendant l'arrivée de leur patron généralement par hélicoptère (le pays étant si gigantesque...) qui vient de temps en temps passé quelques heures enmer. La chaise de calfat était une horreur, de quoi te mettre les hanches à l'envers et la bouée couronne si dure et si peu large que la tête y passe tout juste et si tu la ramasse sur la tête, tu meurs...

L'arrivée des différentes pièces du mât et de ses ailes par camion a été très remarquée... Alain et moi avons fait l'assemblage du mât et des ailes à côté de notre hangar proche de la cale de mise à l'eau. Après la mise à l'eau et le matage, j'ai dû recouper et stratifier, sous les yeux ébahis des travailleurs locaux..., la tête de l'aile haute qui était trop haute pour passer sous mes étais...

Le circuit électrique du bord se limitait aux feux extérieurs et lumières intérieures. Aucune électronique à bord mis à part un chargeur de batteries brésilien en 110 Volts et un transfo 220, un Baro brésilien ne descendant pas en dessous de 990 HP et un compas de route, ni Vhf, ni BLU.

Les voiles ont été fabriquées dans la banlieue de RIO par un sacré Trouduc.... soit disant le meilleur du Brésil... qui faisait "toutes les voiles de course du coin"... A sa décharge, grand-voile très différente des autres... Vu que les ailes haute et basse pouvaient tourner sur 360°, la grand-voile était endrayée sur un étai partant du haut de la tête de mât jusqu'au pont, assez en arrière sur le roof (il reste les pattes d'ancrages...) et amurée à la bôme, hyper lourde, fixée sur un trépied métallique digne de ce nom...

Le gazier avait tout simplement omis de mettre un point d'amure sur la GV..... Il avait fait toutes les voiles dans un dacron hyper merdique, mou, nul et déformé de suite... Tout était payé d'avance, bien sûr... 6 fois nous les lui avons ramenées, et pire c'était... Il avait recoupé la GV pour y mettre une amure... Une catastrophe... Il parait qu'avant moi, il ne s'était jamais fait engueulé... Je n'ai pas molli..... Il nous avait aussi fabriqué le gréement courant principalement en mixte câble/textile car Alain, éloigné des voiliers depuis un moment était resté sur ses anciens acquis...

Le gars disait savoir faire les épissures mixtes... Quelle charogne... Vu de l'extérieur, ses épissures semblaient propres, le câble diminué au bout, la gaine proprement épissée en finition... Manque de bol, il n'avait pas épissé l'âme du bout sur le câble!!! et ses bouts étaient une vrai merde hyper élastique.... Alain était pressé de rentrer en France, les essais semblaient concluants mais nous n'avons pas eu de vents alors... Ça n'a pas loupé : on a tout pris sur la gueule, bôme y compris alors que nous étions partis pour le convoyage retour vers la France... M'enfin bon, nous avons dû nous arrêtés à RIO pour réparer puis j'ai dû rentré et Alain resté faire des modifs et changer le matos.

Il est arrivé à la Trinité en Novembre 1995, en solitaire puis, j'jusqu'en 2003, il partait entre 5 et 8 mois chaque année naviguer en solo, non-stop en atlantique sud. Sauf en 1996 ou il a décidé de participer à l'Ostar.

Fin 2000, il a décidé de modifier son gréement. Faute de moyens, il n'avait pu faire évoluer son aile- voile . Elle avait un super coefficient de finesse et était puissante et performante, facile à régler et toujours parfaitement orientée, prévue pour résister et se mettre en drapeau jusqu'à 180 Nds de vent!!! mais néanmoins assez chiante!!

L'aile du bas était posée sur des roulettes HARKEN avec des genres de pneus, spécialement modifiées par Tonton, tournait sur la bande de roulement en pied de mât et déraillaient parfois... ; des roulettes intérieures fixées dans l'aile la maintenait contre le mât mais l'ajustage de ces pièces et leur collage des plus moyens nous ont causés de nombreux problèmes. Très large, elle faisait un "angle mort de plus de 100° à l'avant... Alain étant sourd, ce n'était pas pratiques pour l'équipage! L'aile du haut ne servant qu'à diminuer le fardage de la tête de mât était manifestement trop lourde et était fainéante... Elle mettait du temps à se mettre dans l'axe et entrainait le bateau à la gîte...

Je les ai "démontées" en place, au mouillage, à la scie égoïne... Nous avons pesé les morceaux : l'aile haute pesait 240 kg au lieu des 120 prévus... La construction avait été soignée en verre/ mais le collage des pièces nul...

Nous avons démâté, mis le mât en chantier chez nom Ami Charlie CAPELLE, Alain a acheté un vieux mât et l'a fait transformer en bôme, et, sur les directives de mon Ami Marc VAN PETEGHEM, j'ai stratifié du TUFENOL sur la partie haute carbone du mât et percé/taraudé la partie basse pour y installer le rail actuel. Tout la visserie a été montée Sika/Mastinox. Le mât est étanche... En perçant pour y fixer le rail, de l'air brésilien en a fui à grand sifflement. Cool quand on se trouve à Locmariaquer...

 

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